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samedi 7 juin 2014

Dans les coulisses du label clermontois Freemount Records


Après avoir entassé beaucoup d’instruments chez eux, après avoir écouté des centaines et des centaines de chansons et après s’être certainement dit qu’il faut un peu d’audace pour réussir à concrétiser leurs rêves, Mike Chassaing et Adam Wood ont créé en 2013 le label Freemount Records, à Clermont-Ferrand. Leur métier : confectionner un objet déjà mort pour certain… A quoi sert un label pour un artiste ? Comment les labels choisissent-ils les artistes qu’ils souhaitent produire ? Comment les professionnels de la musique voient-ils l’avenir du secteur ? Mike décrypte son métier en nous ouvrant les portes de Freemount Records qui fête son premier anniversaire.


Mike Chassaing
Comment est né le label Freemount Records ?
Il a été créé en avril 2013 par Adam Wood  et moi (Mike Chassaing). Nous avons eu cette idée car l’artiste fer de lance du label, Adam Wood, avait besoin d’une structure pour sortir ses disques. Au lieu de passer un temps fou à chercher une maison de disques, on a décidé d’en créer une. Et du coup, par la même occasion, nous avons ajouté d’autres artistes au catalogue, des projets qui nous tiennent à cœur et qu’on a envie de défendre. Adam Wood s'occupe de la production artistique et je m’occupe de la production exécutive du label.

Pourquoi avoir choisi d'installer le label à Clermont-Ferrand ? Cela n'aurait-il pas été plus stratégique d'être à Paris ?
Etant originaire tous les deux d’Auvergne, il nous semblait plus opportun de baser le label à Clermont-Ferrand, notre réseau et nos partenaires étaient déjà sur place. Avec les technologies d’aujourd’hui on peut très bien travailler en province et quand nous avons besoin, nous nous rendons à Paris.

Comment Freemount Records se différencie-t-il des autres labels ?
Nous avons fait le choix de sortir tous les projets du label en K7, cela va être le fil conducteur, notre marque de fabrique en quelque sorte. Nous sortirons aussi des vinyles et des CD, voire même des supports encore plus oubliés que la K7.
Adam Wood
Ce choix peut être surprenant, la vente de vinyles est certes en croissance continue depuis 5 ans environ mais elle reste dans des proportions faibles et concernant les K7, tous les foyers ne sont plus toujours équipés de lecteurs de K7. Vous pariez sur la génération Y qui a envie d’un retour aux sources ?
Oui bien sûr mais pas que, il y a aussi les plus anciens qui ont conservé leur lecteur K7 et leurs platines vinyles. Un bon nombre de personnes achètent aussi des vinyles pour les accrocher au mur ou décorer leur étagère Ikea, ils se servent du code de téléchargement inclus pour écouter la musique. La K7 c’est aussi ça, le plaisir d’avoir un support (redevenu) original et si on n’a pas le lecteur à la maison ou dans la voiture on télécharge la version numérique. Tous les vinyles et les K7 que nous allons sortir auront un code de téléchargement.

A quoi sert un label pour un artiste ?
Le label permet de produire ses disques, les fabriquer, les distribuer et d’en faire la promotion. Le travail du label rentre dans la dynamique de développement de la carrière de l’artiste ou du groupe.

Comment choisissez-vous les artistes qui travaillent avec Freemount Records ?
Nous fonctionnons au coup de cœur bien sûr, mais nous parions aussi sur un certain potentiel de développement et par conséquent de ventes de disques.

©Freemount Records
Comment voyez-vous l'avenir de la musique ?
Nous voyons dans l’avenir de la musique surtout chez les labels indépendants, un fort retour du support, c’est d’ailleurs pour ça que nous nous positionnons sur la K7 qui est un support qui redevient tendance, mais nous ne sommes pas les premiers sur ce coup-là...

Selon nous, le crowdfunding va bientôt être incontournable. N’oublions pas que son ancêtre est la souscription. Nous avons d’ailleurs réussi à collecter sur Ulule 3000€ pour financer le prochain disque d’Adam Wood. Et en ce qui concerne le téléchargement illégal, je l’assimile aux K7 vierges qu’on s’échangeait quand on était gosse, on faisait des copies autant qu’on pouvait, la musique circulait de cette manière. C’est un mal pour un bien, les « kids » n’ont pas plus d'argent que nous à l’époque, si le téléchargement illégal leur permet de se cultiver musicalement, qu’ils le fassent. Je considère qu’une personne peut télécharger illégalement ou écouter en streaming pour se faire une idée, si le son lui plait il achète le support.

Le festival Europavox s’installe à Clermont-Ferrand du 5 au 7 juin, quel concert ne faut-il pas louper ? 
Girls In Hawaii

Les festivals de musiques servent-ils aux labels pour repérer de nouveaux artistes à produire ?
Oui bien sûr ! Le Printemps de Bourges est un bel exemple avec entre autres Les Inouïs. Ce genre de festival permet aussi de trouver des partenaires pour un label.

Quel est votre coup de cœur musical du moment ?
Sans hésitation Brace ! Brace !, première sortie de Freemount Records !

©Freemount Records

Freemount Records en ligne :
E-mail : contact@freemountrecords.com

dimanche 18 mai 2014

Robert Francis & The Night Tide font un sans faute au Nouveau Casino

Selfie par Robert Francis le 15.04.14 @Le Nouveau Casino

Depuis 2007 et la sortie de son premier album One by one, Robert Francis trace sa route d'une main de maître. Pour son 4e album Heaven (14 avril 2014), le chanteur californien n'est plus seul, il s'est intelligemment entouré de deux copains, David Kitz et Ben Messelbeck appelés The Night Tide. A seulement 26 ans, Robert Francis et son groupe ont fait preuve d'un grand talent avec une prestation sans faute, le 15 mai dernier au Nouveau Casino (Paris).

Difficile de revenir sur un parcours si riche en 10 minutes d'interview, qui plus est, lorsque l'interview se déroule en coulisses et que Robert Francis ne résiste pas à l'appel de la scène dès la première partie du concert en accompagnant à la batterie Maxim Luwig. De retour backstage, Robert Francis est plus réservé que sur scène. Il revient sur sa carrière qu'il commence très jeune grâce à un père qui l'encourage à jouer du piano mais aussi marquée par des inquiétudes familiales : "ma mère aurait préféré que je me dirige vers une autre voie" admet l'artiste. 

L'enfant grandit avec ses sœurs qui lui donnent envie d'écouter du rock'n'roll et très vite son environnement familial lui permet de côtoyer des grands noms. A 9 ans, il reçoit sa première guitare des mains de Ry Cooder, considéré en 2003 par le magazine américain Rolling Stone, parmi les meilleurs guitaristes de tous les temps. Et John Frusciante, ancien membre des Red Hot Chili Peppers, lui donne quelques cours de guitare. 


Son deuxième album s'écoule à 500 000 exemplaires
Ainsi, à seulement 19 ans, le chanteur sort son premier album One by one, un exercice qui paraît simple lorsqu'on l'écoute : "J'avais arrêté l'école et j'avais donc pas mal de temps devant moi, j'ai installé quelques microphones et c'est comme ça que l'album a été créé". Le résultat ne trompe pas, le jeune homme est fait pour ce métier. 2010 est marquée par la consécration grâce à son tube Junebug, l'album Before Nightfall s'écoule alors à 500 00 exemplaires. Deux ans plus tard, Robert Francis n'a pas perdu la main pour écrire des chansons et présente son troisième album Strangers in the first place. S'en suit une tournée éreintante due à un management défaillant, il terminera la tournée en ne voulant plus entendre parler de sa carrière musicale.


The Night Tide, des copains de lycée
Heureusement pour son public, le jeune homme a finalement repris goût à son métier et manie toujours aussi habilement sa voix caractéristique sur des airs pop-folk. En avril 2014, il a ainsi sorti Heaven un album aux 13 titres tous habilement écrits par ses soins. L'artiste nous fait l'agréable surprise de jongler plus qu'à son habitude, entre les genres musicaux. Cela s'explique sans doute par l'influence de The Night Tide (David Kitz et Ben Messelbeck) qui font partie de cette aventure. "Nous étions amis au lycée et passions de sacrés moments à faire de la musique" se rappelle Robert Francis.  L'album est empreint d'un message positif soulignant que "notre destin n'est pas prédéterminé, tout dépend de nous et de la façon dont nous agissons. Rien n'est joué d'avance".

En dépit de son jeune âge, le chanteur avoue devoir se forcer à utiliser les réseaux sociaux. Ses comptes Facebook et Instagram sont pourtant régulièrement mis à jour. "Je n'apprécie pas particulièrement cet exercice", avoue l'artiste, "mais je suis conscient qu'il faut en passer par là". "Je dois tweeter deux fois par an" s'amuse t-il à souligner. "J'aime bien garder une part de mystère" confie-t-il. Et c'est sans doute pour cela qu'il attire la curiosité du public, trop habitué à des artistes sur médiatisés. Il a d'ailleurs un œil critique très pertinent sur ce star système : "Au festival de Coachella (Californie), les gens viennent pour montrer leur style, leur régime". L'Américain se retrouve davantage dans les festivals européens "où les gens ont les pieds dans la boue".

Retour gagnant au Nouveau Casino
Côté scène, Robert Francis se bonifie avec le temps et a délivré le 15 mai 2014, au Nouveau Casino un show digne des grands noms de la musique. Le Californien laisse tout son charisme, son énergie envahir la scène et réussit à s'approprier très facilement les acclamations du public. Le parcours est pour le moment sans faute...

Avant de partir en tournée Robert Francis écoutait...
The War on Drugs

Robert Francis en ligne

Discographie
2007 - One by one
2009 - Before Nightfall
2012 - Strangers in the First Place
2014 - Heaven



dimanche 11 mai 2014

A la poursuite de Medi...


Autoportrait de Medi à L'Olympia le 7.04.14
 Le 12 mai 2014, le chanteur Medi revient sous les feux des projecteurs avec la sortie de son 4e album One is not enough. Un bel opus exclusivement en anglais avec 10 titres pop entrainants qui vont forcément attirer l’attention du public. L’artiste avide de découvertes, est un touche à tout insatiable qui ne cesse de multiplier les projets tout en restant cohérent dans ses choix artistiques.  
A 5 ans déjà, Medi se trouvait derrière une batterie, un cadeau offert par ses parents à son anniversaire. Le jouet est vite devenu une passion : « Je voulais jouer de la musique, à chaque minute de la journée » se rappelle le chanteur.
A 6 ans, il entre au Conservatoire de Nice et devient l’élève du batteur de jazz français André Ceccarelli. C’est le début d’une série de rencontres qui vont être déterminantes dans la vie du chanteur : « A toutes les étapes de mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes clés » admet modestement celui qui a su provoquer son destin. A l’âge de 15 ans, alors qu’il joue dans un bar à Nice, il est repéré par le chanteur anglais Vasco qui lui propose d’écrire des chansons. Le batteur s’ouvre alors sur la musique dans son ensemble et commence à jouer de la guitare et à écrire des chansons. Aujourd’hui la roue a tourné puisque Medi travaille actuellement avec Vasco pour produire de façon indépendante l’album de ce dernier,  « l’élève a de la chance de travailler avec son maître », confie Medi.
Nice, l’eldorado du chanteur

Autre fait marquant dans la carrière du Français, Dave Stewart a été le producteur de son premier album. « Notre rencontre s’est faite comme dans un bon film, je jouais de la guitare sur une plage à Nice, il m’a alors repéré et proposé de signer dans une maison de disque à Londres ».  Malgré son jeune âge ce changement de culture n’effraie pas le Français qui était déjà un habitué de la capitale anglaise, « une ville remplie d’inspiration » pour l’artiste.


Et pourtant, Medi n’avait pas une prédisposition particulière pour l’anglais, cependant au cours de sa vie les Anglais sont venus à lui : « A l’époque de mes premières chansons, si j’avais été entouré par des compositeurs français, ma carrière aurait eu un tournant différent.  Mais il s’avère que le vieux Nice est rempli d’Anglo-Saxons et qu’à mes débuts, je jouais pour eux. L’Anglais Vasco m’a fait venir à Londres, Dave Stewart m’a découvert et c’est également un Anglais. J’ai été adopté par la langue et la culture par pur hasard. » « Vasco m’a d’ailleurs fait remarquer récemment que ça fait déjà la moitié de ma vie que je parle et pense en anglais. Ce n’est pas trop tard pour faire des chansons en français mais par contre il est trop tard pour que je me justifie d’écrire en anglais », souligne l’artiste.

Charlie & Medi en route vers la gloire grâce à un « hobo »
L’autre Anglais qui a compté dans la vie du chanteur, on ne le présente plus. Medi revient sur leur rencontre : « J’ai rencontré Charlie Winston vers l’âge de 16 ans dans le bar chez Wayne, à Nice. Il jouait avec son frère Tom Baxter ». Les deux artistes deviennent amis puis se perdent de vue avant de se retrouver par hasard en 2006, rue de la Roquette à Paris, alors que Charlie Winston fait un voyage de 3 mois en Europe. Medi lui demande s’il joue toujours sa chanson « Like a hobo ». Les Anglais n’ont pas l’air prêt à faire un tube de ce titre, Medi conseille alors à Charlie de développer ce projet en France. La suite de l’histoire tout le monde la connaît, la chanson devient incontournable et Medi devient le batteur attitré de Charlie Winston durant ses deux dernières tournées.


2011 : un 3e album reconnu par le public
Au même moment, en 2006, Medi sort son premier album intitulé Medi & The Medicine Show, ce nom pourrait laisser penser à un nom de groupe mais en réalité il s’agit bien d’un projet solo du chanteur.  En 2009, après la sortie de son deuxième album intitulé At Last, c’est la dernière fois que le public entendra parler de Medi & The Medicine Show, désormais le chanteur se présente comme Medi.
Une fois encore, le hasard conduit Medi à faire des rencontres constructives pour sa carrière. Il se retrouve ainsi nez à nez avec la chanteuse Emilie Simon au bar de l’hôtel Edouard VII à Paris alors que son guitariste vient de la lâcher. L’échange est fructueux, il partira en tournée avec l’artiste, lui à la guitare, elle au chant.
2011 marque un tournant dans la carrière de Medi avec la sortie de son album You Got Me Moving, particulièrement apprécié par le public. Malgré un album enregistré à Los Angeles, dans le studio du producteur Tony Berg, le chanteur n’explique pas vraiment ce succès : « C’est le public qui décide des tournants d’une carrière.  J’avais beau avoir travaillé avec Dave Stewart,  une des plus grandes stars dans l’histoire de la musique, personne ne savait ce que je faisais » précédemment. « Ce tournant n’est pas un choix délibéré de ma part, par contre à chaque projet, je me demande comment je peux mieux faire ».
One is not enough, un titre évocateur pour l’éternel touche à tout
Album One is not enough sorti le 12.04.14
Demain, le 12 mai 2014, Medi présentera au public son quatrième album One Is Not Enough. Le style de l’artiste et ses influences sont similaires à  ceux de son album précédent : son accent « frenchy » est toujours là au plus grand plaisir de son public étranger et ceux qui aiment le comparer à Lenny Kravitz écouteront en boucle le titre Shoulda Been a DJ.

Dans cet opus, l’artiste de 36 ans revient à demi-mot sur son divorce (Thank You, That Day) et sur son obstination à courir après les projets. « C’est plus fort que moi, je ne peux pas me contenter d’une seule chose », « je veux être au contact de plusieurs artistes, de plusieurs musiques ». Dans la chanson One Is Not Enough, le chanteur se remet ainsi en question et se demande pourquoi il n’arrive pas à se satisfaire d’une seule chose.
Cet album qui a commencé à être enregistré avec un IPad puis dans la chambre du petit frère de Medi est « l’histoire d’une bande de copains qui a compris qu’il n’y a pas beaucoup d’argent disponible pour financer la musique aujourd’hui mais qui cherche tout de même à aller de l’avant ». Une bonne leçon de persévérance.
Finalement, ce multi instrumentalistes, également réalisateur entre autres pour Ben Mazué  et Sophie Tith, est un insatiable travailleur qui aime également mettre son talent au service des autres. L’artiste cherche à tout comprendre afin de maîtriser au maximum son art mais reste persuadé du bienfait du travail en équipe. « J’aime être au service d’autres personnes, cela me fait oublier ma propre gueule » analyse l’artiste. Incapable de rester en place entre deux albums, Medi a créé un label Dime On Records et endosse également régulièrement sa casquette de réalisateur dans son studio monté à Nice. Ce travail lui est également bénéfique pour sa carrière solo : « J’adore plonger dans l’univers d’une autre personne et ça me permet aussi de me comprendre de mieux en mieux ». En écoutant l’artiste parler de son parcours, on ne peut finalement que l’excuser pour ses 1h30 de retard pour cette interview, il était en rendez-vous pour un projet qu’il voulait absolument maitriser avant de quitter les lieux. Medi ou l’éternel perfectionniste…


En ce moment Medi écoute...
David Zincke, en première partie de ses concerts

Prochains concerts







Medi online

lundi 21 avril 2014

Denison Witmer : déjà 20 ans de carrière et 10 albums à son actif

Autoportrait le 14.03.14 à La Maroquinerie


En mars dernier, pour son concert parisien, William Fitzsimmons n’est pas venu les mains vides. Son ami américain, Denison Witmer était du voyage pour assurer sa première partie. Ce chanteur pop folk que certains comparent au grand Cat Stevens a été une révélation : des mélodies entraînantes, un show rythmé par ses habiles accords de guitare et son humour. Retour sur ses 20 ans de carrière.
Comment as-tu fait tes premiers pas dans la musique ?
Grâce à mon plus grand frère, Douglas, qui a une fibre d’artistique. Mes deux autres frères et moi, on voulait lui ressembler. Et pour mes 16 ans, Douglas a suggéré à mes parents de m’acheter une guitare. J’avais l’habitude d’écrire des poèmes et quand j’ai eu cette guitare, les poèmes sont devenus des paroles. Mon frère m’a appris quelques accords et je me suis beaucoup exercé. Enfant, je n’ai jamais suivi de cours de musique, le seul lien que j’avais avec le chant, c’était à la chorale de l’église.
En 1995,  alors que tu étais encore au lycée, tu as sorti une K7 intitulée « My luck, My love », quel est ton regard sur ces chansons presque 20 ans après ?
C’est terrible ! Ce qui est marrant, c’est que beaucoup d’amis du lycée aiment toujours cet album.
Quand tu n’as pas de public, c’est très facile d’être créatif parce que tu ne penses à rien d’autre qu’à ce que tu écris. Au long de ma carrière, je suis passé par plusieurs phases, au début on vit quelque chose de très pure et égoïste puis on réalise qu’une maison de disques investit de l’argent sur soi, que des gens achètent tes albums. Et puis soudain, tu n’es plus sûr de rien ! Il faut alors  se débarrasser de la pression et de nouveau penser qu’à la phase d’écriture pour pouvoir de nouveau créer.
C’est nécessaire d’être égoïste pour être créatif puis ensuite altruiste quand la phase de création est terminée. Tu fais quelque chose pour toi, puis tu l’offres aux autres. C’est l’équilibre que j’ai trouvé en tant qu’artiste. Et aujourd’hui, après 10 albums, je suis encore plus excité qu’au début de ma carrière.


Depuis tes débuts, l’industrie de la musique a énormément changé, comment as-tu vécu ces différents tournants ?
Les labels ont compris que les gens aiment désormais acheter des vinyles ou télécharger de la musique en ligne. Donc maintenant la stratégie est d’exposer les artistes au maximum pour donner envie aux gens d’acheter de la musique « physique ». C’est un tournant bizarre dans l’industrie. La grande partie de l’argent que je gagne c’est en faisant des musiques de films, pour la télévision et grâce aux concerts.
L’opinion des gens sur la valeur de la musique a changé. Ils n’ont plus l’impression qu’ils doivent payer pour écouter de la musique. Et pourtant pendant les concerts, ils boivent parfois 4 ou 5 verres, ce qui revient au même prix qu’acheter un album que j’ai passé 5 mois à créer. Mais de tout façon, je ne me suis pas lancé dans la musique parce que je voulais gagner de l’argent. J’ai commencé pour le plaisir puis une maison de disque m’a demandé de faire un album et c’est devenu un business. Evidemment, je veux pouvoir subvenir aux besoins de ma famille. Quand tu vas voir un psychiatre pour ta santé mentale, tu ne t’attends pas à ce qu’il t’offre la consultation, avec la musique c’est pareil.
Que raconte ton dernier album éponyme ?
Cet album est en quelque sorte une vision sentimentale de mes 15 dernières années passées à faire de la musique, quand tu te consacres à quelque chose depuis un moment, même s’il y a des périodes où tu n’es plus certain de vouloir continuer à faire ça. Mais tu as le sentiment que tu devrais continuer. On peut retrouver cette sensation au travail, dans une relation amoureuse, la peur de changer est plus effrayante que la misère dans laquelle tu as trouvé un certain confort. J’espère qu’en écoutant l’album les gens n’auront pas l’impression que je suis en train de me plaindre. Ce n’est pas le cas,  j’évoque juste le fait d’essayer de faire quelque chose mais si on n’est pas sûr de soi, s’encourager à tester des choses nouvelles.
Dans ma chanson Keep Moving Bother, Keep Moving Sister, j’ai écrit ces paroles : « I consider my name,  the one I’m given and the one I became, and the difference between hangs inside the stars my love ». J’ai voulu souligner que nous sommes nés pour une raison et que nous passons notre vie à essayer d’élucider cela. Il faut accepter cette part de mystère, il y a des choses qu’on ne comprend pas. C’est comme lorsqu’on rêve.

©Denison Witmer
Les réseaux sociaux sont-ils un passage obligé même pour un artiste qui affiche 20 ans de carrière ?
Je ne pense pas que Twitter et Facebook soient faits pour tout le monde. J’aime bien passer du temps dessus mais je n’aime pas trop l’idée qu’être musicien signifie aussi être publicitaire. On ne peut pas tout faire.
Sur scène, tu arrives à créer un lien particulier avec ton public en parlant beaucoup avec lui entre tes chansons, ce soir à Paris, la barrière de la langue t’effraie-t-elle ?
Je suis très bavard et parfois j’aimerai pouvoir avoir une réelle conversation avec le public, qu’il me réponde. Je n’ai pas toujours été comme ça, avant, cela m’effrayait de parler sur scène. Et ce soir à Paris, cela va peut-être être un peu particulier parce que je sais qu’en France, une majorité des gens ne parle pas anglais couramment. J’ai donc un peu peur de ne pas être compris ou de trop parler ! Mais au final, il faut rester soi-même. Je serai certainement un peu plus timide ici ce soir que pour d’autres concerts. 

Denison Witmer en ligne 

vendredi 11 avril 2014

Astonvilla en concert à l'Alhambra, le mardi 22 avril 2014



Astonvilla, le groupe de rock français revient sur scène pour ses 20 ans. Il présentera, le mardi 22 avril à l'Alhambra (Paris), des chansons de son nouvel album en pleine préparation

Le groupe a créé son label, TWICKY, afin de se produire en indépendant et fait donc actuellement appel à ses fans pour financer son prochain album à paraître normalement en juin. A ce jour, ce système de crowdfunding a permis au groupe de récolter 14% (soit 16 000€) de l'objectif fixé qui s'élève à 120 000€.


Des places pour le concert du 22.04 sont à gagner ici jusqu'au 18.04.




dimanche 30 mars 2014

William Fitzsimmons, le roi de la folk a fait escale à Paris pour présenter son dernier album

Autoportrait par William Fitzsimmons le 14.03.14 à La Maroquinerie
Le 14 mars, William Fitzsimmons est venu présenter, Lions, son dernier album sur la scène de La Maroquinerie, à Paris. L'artiste américain dont la barbe est désormais sa marque de fabrique, a réussi à enchanter le public avec son autodérision, sa décontraction habituelle et son groupe qui porte un spectacle bien rodé, donnant une deuxième vie aux chansons de l'artiste. Rencontre avec le roi de la folk.

Elevé par des parents aveugles, enfant, William Fitzsimmons baigne dans la musique. Son père lui ouvre les portes du monde classique tandis que sa mère l’initie à la musique folk. « La musique est importante quand tes oreilles jouent le rôle de tes yeux », souligne l’artiste. « Mes parents étaient musiciens pour le plaisir, excepté mon père qui en aurait bien fait son métier ! ». « Mon frère et moi, on jouait du piano, de la guitare », « on avait une vie normale, mon père jouait de l'orgue, on écoutait des chansons de Joni Mitchell ». « C'était notre façon d'être comme tout le monde car avec la musique, on n'a pas besoin du regard ».

Adulte, William se dirige vers une carrière médicale pour devenir psychothérapeute. A cette période, la musique lui sert alors à apaiser ses maux. « J’avais beaucoup de problèmes, c’est pourquoi j’ai été attiré par ce métier » avoue avec humour le chanteur. « Au final, en voulant soigner les gens on essaye de se soigner soi-même ». « Certains de mes pairs se soignaient en se faisant eux-mêmes psychanalyser, moi ma méthode pour aller mieux c’était d’écrire des chansons ».  Et pour appliquer les enseignements qu’il a reçu, William se met à écouter sa propre musique, comme une thérapie de groupe où chacun écoute les problèmes des autres et se sent mieux en comprenant que d’autres personnes ont les mêmes soucis : « Ecouter ma musique m’aidait à comprendre comment je me sentais ». Il se rend d’ailleurs compte aujourd’hui que même s’il a lâché sa casquette de psychothérapeute, elle lui colle toujours à la peau puisqu'à la fin de ses concerts, des fans lui avouent que ses chansons les ont aidés dans des moments difficiles. « Je me souviens d'un homme qui a tatoué mon visage sur son bras, ça peut paraître bizarre mais il m’a avoué avoir été en difficultés et en écoutant mes chansons, il s’est senti moins seul. Quand j’entends ce genre d’histoires ça me fait moi aussi me sentir moins seul ».



De Myspace à Grey’s Anatomy
Né en 1974, William Fitzsimmons ne fait pas partie de la e-génération. Et pourtant, l’artiste aux plus de 21 000 followers (sur Twitter) a très vite compris l’utilité des réseaux sociaux. A l’heure où Myspace était à son apogée, le chanteur y publie ses compositions. Il se fait remarquer et reçoit un message pour utiliser une de ses chansons dans la célèbre série Grey’s Anatomy. Après avoir compris, qu’on ne lui faisait pas une blague, l’artiste accepte la proposition. Quelques mois plus tard, alors qu’il exerce encore le métier de psychothérapeute, sa chanson est diffusée à une heure de grande écoute à la télévision. C’est l’apothéose. Mais le chanteur reste très humble face à cette histoire : « Je suis conscient que le facteur chance était de mon côté car il existe des meilleurs chanteurs et de meilleurs compositeurs que moi ». 

©ErinBrown

Lions, un tournant vers la paternité
Depuis la sortie de son premier album Until when we are ghosts en 2005, William Fitzsimmons avait l’habitude de laisser un an entre la sortie de ses albums. Mais depuis 2011 et son album Gold in the shadow, le chanteur laissait patienter ses fans de façon inhabituelle. Et pour cause, William admet qu’il avait besoin de retrouver de l’inspiration, « j’avais besoin d’arrêter d’enregistrer des albums parce que j’étais supposé faire ça ». Mais un grand changement vient aussi expliquer cette absence : « J’ai aussi adopté une petite fille il y a deux ans et un autre bébé il y a un peu plus d'un mois », confie le chanteur. Son dernier album parle inévitablement de cette expérience, « il évoque le jour où je suis arrivé à l’hôpital avec la mère biologique de mon enfant et où elle a dû faire ce sacrifice. Elle a passé le pire jour de sa vie alors que c’était le plus beau jour de ma vie. L’album évoque le fait de ressentir de la joie et de la douleur au même moment. Expérimenter ces deux sentiments au même instant était nouveau pour moi ».

Sur cet album, l’artiste s’est notamment entouré de Michael Flynn, un ami avec qui il était déjà parti en tournée. « J’étais un peu coincé, j’essayais de tout faire moi-même : écrire, enregistrer… Et puis en vieillissant, je me suis rendu compte qu’il fallait aussi savoir déléguer ». William Fitzsimmons a également travaillé avec Chris Walla,  guitariste et producteur du groupe Death Cab for Cutie, un ami d’un ami à qui il a envoyé ses morceaux. « Je me suis de nouveau senti dans la peau d’un étudiant ». « Si j’avais fait cet album seul, il aurait été beaucoup plus chargé. Je voulais utiliser tout le matériel à notre disposition, les 20 guitares qui nous attendaient dans un placard. Chris, lui, a su rendre l’album plus épuré pour mettre davantage en valeur les chansons. C’est la raison pour laquelle c’est une rock star. »

William Fitzsimmons sur la scène de La Maroquinerie ©ThomasBader
La magie opère sur scène
Alors que les avancées technologiques peuvent être mal vues par les artistes qui, impuissants, voient leur musique téléchargée illégalement, William Fitzsimmons est conscient qu’il faut s’adapter au monde qui nous entoure et se battre contre ce phénomène en travaillant ses prestations scéniques. Même si l’artiste avoue qu’il est difficile  de prévoir à l’avance l’ambiance qu’il y aura sur scène, « certains concerts sont magiques et d’autres acceptables », le chanteur a habitué son public à de très belles prestations, à l’exemple de celle effectuée le 14 mars dernier à La Maroquinerie. William Fitzsimmons réussit facilement à créer un lien avec son public, à parler de ses failles avec humour et à donner une deuxième vie à ses chansons. Il oublie alors toute la retenue qu’il a pu avoir en enregistrant son album et laisse la magie opérer en terminant les dernières notes du concert au milieu du public. William Fitzsimmons a une signature propre aux grands artistes.

Williams Fitzsimmons online

Concerts



vendredi 28 février 2014

Filago, tout l'art de créer de belles imperfections

Autoportrait de Jim, chanteur de Filago - 4.02.14

Parmi les cinq Parisien qui forment le groupe Erevan Tusk deux membres se sont échappés de cette aventure musicale pour former en parallèle, le trio Filago. Les influences sont similaires, cette musique pop rock qui s'apparente à certains airs des Smiths, mais un vent de liberté s'est emparé du groupe. Explications.


Les premiers souvenirs musicaux de Jim remontent à l’école primaire, lorsqu’aux douze coups de midi il échappait à la cantine scolaire et que sa mère suédoise lui préparait à manger en musique : « Elle écoutait beaucoup les Beach Boys, elle a participé à mon éveil musicale », confie le chanteur franco-suédois de 32 ans.
« Ma mère m’avait d’ailleurs acheté une guitare mais enfant, j’étais davantage passionné par le sport ». « Je me suis réellement mis à la musique à la fac, je faisais sciences éco et c’était un échec total, du coup j’avais beaucoup de temps à consacrer à autre chose. C’est comme ça que j’ai appris la guitare jusqu’à l’âge de 25 ans ».
En 2006, alors que Jim vit aux Pays-Bas, il fait écouter à un copain ses compositions, lorsque celui-ci comprend que Jim est l’auteur du morceau, il l’encourage à jouer en public. « Il m’a sorti de ma chambre » se rappelle le chanteur. Ensemble, ils créent leur premier duo intitulé Starboard Silent Side. En 2007, le groupe est de retour à Paris et sort un album Because our friendship was meant to sail qui leur permet de partir en tournée.
En 2009, le duo se lance dans une nouvelle aventure et crée le groupe Erevan Tusk, ce nom ne fait aucun clin d’œil à l’Arménie mais représente un assemblage de sonorités qui plait aux cinq membres du groupe. Aujourd’hui Erevan Tusk comptabilise déjà près de 80 concerts, un beau chiffre qui pourrait encore exploser si le groupe persiste avec cette même ferveur pour créer son prochain EP - composé d’une nouvelle chanson et de 3 remixes - qui sortira d’ici septembre 2014. « Ca sera un peu plus moderne, un plus électro mais toujours avec cette touche 70’s » révèle le chanteur.
©Filago

Filago, un EP réalisé à l’ancienne et… dans le froid
En parallèle, durant l’hiver 2013, Jim s’est lancé dans la création d’un nouveau groupe Filago, ce nom est emprunté à une plante à fleurs jaunes dont les consonances plaisent à l’artiste. Jim est alors poussé par l’envie de mettre en place une nouvelle méthode de travail et surtout beaucoup plus de spontanéité dans ses phases de création. Il s’entoure alors de Pierre également membre de Erevan Tusk et  de Nicolas, batteur pour le jazzman Thomas Enhco.
Avec Erevan Tusk, « le processus de création est plus lent car on est très pointilleux, perfectionniste, rien n’est laissé au hasard, chaque détail compte » analyse Jim.
« Filago induit une liberté artistique plus grande car le projet a été créé de façon très spontanée, dans l’urgence. On a fait ça à l’ancienne, nous sommes partis nous reclure dans un manoir en Belgique. Les conditions étaient difficiles, il n’y avait presque pas de chauffage, une seule pièce était chauffée avec un feu de cheminée, c’était même compliqué d’avoir de l’électricité ! ». « Dans la maison il n’y avait rien excepté des toiles d’araignée et 6 mètres de hauteur de plafond ». « On faisait une prise puis on allait se réchauffer près de la cheminée, nous n’avions pas le droit à l’erreur. » « C’était plaisant d’avoir ce ressenti, cet exotisme que je n’avais plus avec Erevan car on a un studio à disposition à Paris ».
Le manoir belge qui a accueilli Filago ©Filago

Au final,  la voix que l’on entend sur cet EP intitulé Filago n’a subi aucun arrangement, « elle est brute » se plait à souligner Jim. « Quand on écoute cet album, on l’aime ou on le déteste, il n’y a pas de juste milieu ». L’identité de Filago réside dans cette contre-production, « ce disque a beaucoup d’imperfections mais est doté d’une âme, d’une ambiance » particulière.
Cette « petite parenthèse qui s’est produite m’a permis de réunir beaucoup plus de souvenirs pendant seulement 5 jours d’enregistrement, probablement plus qu’en une semaine de studio avec Erevan ». Il y’a un « côté plus rêveur » constate le chanteur. 
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Des titres autobiographiques écrits par une génération élevée par Nirvana
Les 5 titres de l’EP sont écrits par Jim, excepté Thimister – le nom du village situé à côté du manoir – écrit par le groupe en 2 heures ! Cette chanson est née de l’observation du feu qui chauffait les trois garçons. Ebbing « est une chanson qui me tenait à cœur, avant je n’avais jamais eu l’occasion d’exprimer un tel ressenti. C’est une chanson très bucolique, très pastorale » imitant « le poète américain Walt Whitman ». Elle invite à s’imprégner de la nature, des odeurs d’un cerisier en fleurs ou de l’herbe fraichement tondue ». I can see you spark « fait encore référence au feu et aussi à la personne qu’on peut apercevoir tous les jours et qui continue d’être incandescente à nos yeux, une sorte de déclaration d’amour ». Les métaphores sont nombreuses et la maitrise de la langue de Shakespeare par le groupe mérite une écoute attentive de leurs textes.
En effet, à l’instar de Erevan Tusk, l’anglais est la langue de prédilection de Filago. Le chanteur s’explique : « J’ai beaucoup écouté Nirvana, Pearl Jam, des chanteurs aux textes évocateurs et ça m’a donné envie d’écrire en anglais ». « Pour moi, cette langue sonne plus musicale que le français ». « Rare sont les artistes qui chantent en français que j’admire, par contre, quand ils le font bien, je suis subjugué. Bashung était le meilleur pour moi ». « L’exercice en français est compliqué mais des groupes le font bien comme François & the Atlas Mountains ou Baden Baden ».
Malgré les nombreux projets qu’entreprend Jim, la vie d’artiste ne permet pas toujours de gagner sa vie. « Je donne des cours particuliers, ça m’aide à arrondir les fins de mois » souligne le chanteur. « On a un statut précaire. Avant de signer dans un label avec Erevan, on s’était demandé si on devait faire appel au crowdfunding (ndlr : financement participatif). Pour Filago, je me pose la même question pour financer le premier clip du groupe, on aimerait bien que la chanson Funnel sorte en vidéo au printemps prochain ».
Quant à l’avenir de Filago, Jim avoue ne pas avoir trop réfléchi au projet sinon « il serait mort-né et  aurait été laissé dans un tiroir ». « Le projet principal reste Erevan Tusk mais je n’avais pas envie d’être frustré ». « Pour moi, ce projet est plus intimiste, il a moins de potentiel commercial que Erevan Tusk, mais ça ne me dérange pas du tout. ». « C’est sain que chaque membre du groupe trace sa propre route, ça garantit une ouverture d’esprit qui peut ensuite être réinjectée dans Erevan Tusk ».
Où trouver Filago ?