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jeudi 31 juillet 2014

Ulrich Forman, une des multiples facettes de Polérik, une machine à écrire des tubes


Autoportrait août 2014
A 37 ans, Polérik Rouvière peut se targuer d’être le créateur de nombreuses musiques de publicités, de films et de produire de nombreux artistes tout comme ses propres albums. Ce passionné de musique qui travaille jours et nuits pour honorer des commandes de dernière minute a sacrifié son mariage au profit de sa passion. Surement trop pudique pour endosser toutes ses créations sous un même nom, Polérik multiplie les surnoms en fonction de ses projets et perd parfois le public : Ledge, Rose Marie, Ulrich Forman... Derrière ce dernier nom se cache le projet solo de Polérik dont le titre I'm in love est un bon indicateur des tubes que l’artiste est capable de signer. Un talent à suivre.
Dernier d’une fratrie de 4 enfants, Polérik Rouvière a grandi dans le sud de la France. Après le décès de son arrière grand-mère, la famille hérite de son piano à queue et le garçon réussit à convaincre ses parents de l’installer dans sa chambre. Cette chambre d’enfant devient alors un lieu de passage où les sœurs du futur artiste reçoivent des cours de piano. A défaut de suivre lui aussi des cours de musique, Polérik retranscrit sur le piano les chansons qu’il écoute à la radio. Et très vite, il teste de nouveaux instruments. Il fait alors ses premières notes de guitare avec la basse laissée chez lui par un ami de sa sœur. Epris par cet instrument, Ulrich s’achète une guitare vers l’âge de 10 ans et commence à entreposer des instruments dans sa chambre. « J’ai toujours été inspiré par tous les instruments, mais cela peut aussi devenir un problème car je joue de tout mais n’excelle dans rien », confie l’artiste.
En seconde, l’artiste fonde son « premier groupe important, Jabbaziwa, on répétait 7 jours sur 7, de 19h à minuit ». Le quatuor de jazz se fait remarquer puisqu’il remporte le prix jeunes talents au festival de jazz de la Défense.
©N.Garnier
Du trio Ledge à sa collaboration avec Yann Tiersen
Au moment de faire des études supérieures, Polérik avoue à ses parents qu’il souhaite faire de la musique. Son père sceptique, lui conseille de suivre une voie où il est sûr de pouvoir trouver un débouché. Il s’orientera alors vers des études d’ingénieur du son. Pendant un an, il touchera du doigt l’American dream en suivant des cours d’harmonie à Los Angeles. De retour en France, il travaille dans un studio de mastering où il prolonge ses heures de travail pour mixer des morceaux d’artistes. Polérik est alors frustré de ne pas pouvoir émettre son point de vue sur certains titres qui pourraient selon lui être bonifiés. En 1999, il monte ainsi son groupe, un trio appelé Ledge. Après 15 jours de diffusion à la radio, le morceau électro Together attire l’attention du label Barclay qui propose un contrat au Groupe. Ledge refuse la proposition pourtant alléchante afin de monter son propre label. Polérik réalise alors de nombreux albums et travaille avec Alain Souchon, Dionysos et même Yann Tiersen.
Les autres membres de Ledge se lancent dans d’autres projets et Polerik se retrouve alors seul aux commandes d’un label électro. Comme à son habitude, l’artiste touche à tout ne veut pas se cantonner à un seul style de musique et crée alors un nouvel label Au Revoir Ma Belle, lâche son travail d’ingénieur du son et produit des artistes en fonction de ses coups de cœur. « La condition pour signer dans mon label est de me laisser réaliser l’album. J’ai ainsi produit les albums de Marie Tirmont, Cédric Oheix »  connu pour son passage à la nouvelle star.
En parallèle, l’artiste réalise une trentaine de chartes sonores pour des marques de cosmétique, de parfum comme Dior, Cacharel, Chanel. « Cela m’a permis de gagner de l’argent et d’investir sur mon label » résume l’artiste. Polérik réalise aussi des musiques de long métrage dont une a même été nominée au festival de Dubaï dans la catégorie musique de chambre. Aucun style musical ne l’arrête, l’artiste touche à tous les genres. Et c’est d’ailleurs cet éclectisme qu’il aime : « Je suis fan d’artistes comme Gonzales, malgré son style électro pop, il serait capable de faire un album de hip-hop ».

                                              I'm in Love - Ulrich Forman
Le label Barclay à la recherche de l’auteur du titre « I'm in love »
Puis Polérik décide de prendre un tournant en créant son album solo. Il sort ainsi un album sous le nom de Rose Marie avant de faire une rencontre déterminante avec Philippe Laugier du label Barclay. Alors qu’il se trouve dans son bureau pour lui faire écouter une maquette, le producteur reconnaît la chanson I’m in love, utilisée dans la publicité Attractive World. Philippe Augier avoue à Polérik que le label a cherché en vain à savoir qui se cache derrière ce titre. Un mois plus tard Polérik signe un contrat au sein du label Barclay et s’entiche d’un nouveau surnom romanesque, Ulrich Forman. « Ce nom juif allemand m’a tout de suite plu, je trouvais ça classe comme Steven Spielberg. Et puis cela compense aussi une certaine peur de se mettre en avant. Lorsque je compose pour des publicités, c’est moins difficile de voir inscrire son nom en bas du générique ». Le chanteur a donc besoin d’une carapace pour dévoiler au grand public des titres très personnels inspirés pour la plupart par une rupture, après 20 ans de vie commune avec son amour de jeunesse.
En janvier 2013, sort alors l’EP See My Love porté auprès du grand public par la chanson I'm in love. « Jusqu’ici j’avais travaillé dans l’ombre et en quelques semaines j’ai été propulsé dans le monde de la promotion sans être préparé psychologiquement ni même vocalement. En studio, je me permets parfois des tonalités pas jouables en public. Au fil des concerts, j’ai appris à maîtriser ma voix et je me suis formé sur le tas, à la vue de tous ». 



Chapter II, un tremplin vers l’album prévu en 2015
Quelque mois après la sortie de son 1er EP, Polérik prépare son 2ème EP toujours sous le pseudo de Ulrich Forman : « Après m’être prouvé que je pouvais exister en tant qu’artiste solo, je me suis alors demandé ce que je voulais montrer au public dans mon deuxième EP. J’ai réuni plusieurs titres sans volonté de cohérence entre eux et surtout sans me demander s’ils pouvaient fonctionner en radio. Sur cet EP, j’ai gardé ma liberté de producteur autonome ».
En octobre 2013, sort alors l’EP intitulé « Chapter II », ces 5 titres montrent une partie de la palette de couleurs de l’artiste. Le titre « Sigu’naol » est un clin d’œil à un séjour passé à travailler avec un groupe de Hip Hop à Oslo. Le titre de la chanson renvoie aux mots affichés dans le métro, « les seuls mots que je comprenais ». Et les cordes présentes dans ce titre constituent une chute des arrangements réalisés dans la ville. La vidéo I Got You (Under My Skin), elle, est un clin d’œil au titre Like a Rolling Stone réalisé par Michel Gondry pour les Rolling Stones. « Ce clip fait un parallèle entre notre vie réelle qui peut paraître assez calme, quand on fait nos courses par exemple et pourtant le chao qu’il peut y avoir dans nos têtes », souligne Polérik.
Et quand il est en dehors de scène ou de son studio, l’artiste ne s’arrête pas de travailler. Cet été, Polérik passe un mois aux Etats-Unis entre New-York, Nashville et Los Angeles pour un travail de co-écriture avec des artistes étrangers. « Ca me plait d’être une machine à écrire des titres » admet l’artiste. « Je travaille avec Philippe Dahan qui affirme que « 90% d’un morceau se crée en quelques heures mais que les 10% restants peuvent nécessiter plusieurs mois de réflexion ». J’ajouterai néanmoins que parfois, il faut savoir s’asseoir sur les 10% restants car on perd en fraicheur ». Polérik vient sans doute de nous délivrer les clés de la réussite de son prochain album prévu en 2015…



Ulrich Forman en ligne

dimanche 22 juin 2014

Reptile Youth amène sa fougue à Paris


Autoportrait par Mads le 17.05.14
Electro, pop, rock, le groupe danois Reptile Youth aime mélanger les genres et excelle à cet exercice dans son deuxième opus Rivers that run for a sea that is gone (mars 2014). Et pour cause, le duo composé de Mads Damsgaard Kristiansen (voix) et Esben Valloen (basse) a bien su s’entourer en collaborant avec des grands noms comme Brian Thorn (David Bowie, Arcade Fire) et Jens Benz (Iceage). Reptile Youth pourrait bien devenir le symbole de toute une génération Y qui, même si elle est entrée dans l’âge adulte ne s’interdit pas des écarts pour se rappeler la fougue de sa jeunesse.  Avis aux amateurs, le groupe aux concerts réputés déjantés exporte ses arrangements accrocheurs jusqu’à Paris et sera ainsi en concert gratuit au Nuba, le 28 juin. Rencontre avec Mads, le chanteur du groupe qui revient sur sa carrière.
1. Comment as-tu fait tes débuts dans la musique ?
Vers l’âge de 8 ans, en faisant la vaisselle chez mes parents ! Pendant que je lavais les plats, mon père qui adorait chanter me faisait écouter des vieux disques de Neil Young, John Lenon, Pink Floyd et même Nirvana. C’est comme ça que je me suis mis à chanter. Puis, j’ai monté mon premier groupe lorsque j’étais en sixième et j’ai enregistré mon 1er album vers l’âge de 13 ans.
2. Comment as-tu rencontré Esben Valloen, le bassiste de ton groupe Reptile Youth ?
Vers l’âge de 20 ans, je suis allé à une soirée dans un squat et Esben faisait une performance électronique très bizarre. Il paraissait complètement hors de contrôle. Un an plus tard, on s’est retrouvé dans la même école d’art entrepreneurial. On était chacun membre d’un groupe de musique différent mais on a eu envie de faire quelque chose ensemble on a donc créé notre groupe « Reptile & Retard », en 2009.
Au début, on faisait exclusivement de la musique électro avec des ordinateurs et des synthétiseurs. Et puis, on a voulu que notre musique s’apaise, corresponde davantage à l’image qu’on se faisait d’un groupe. On a alors changé de nom qui est devenu « Reptile Youth ».  Ce nom renvoie au fait d’être jeune, de manquer d’expérience, de ne pas savoir ce que le monde nous réserve.
©Peter Kaaden

3. Que raconte le dernier album du groupe, Rivers that run for a sea that is gone ?
Il parle du fossé entre la jeunesse et le monde des adultes. Quand nos parents avaient 17 ans, en un an environ ils entraient dans l’âge adulte. Alors qu’aujourd’hui pendant une vingtaine d’années nous sommes à la fois enfant et adulte. C’est une phase bizarre pendant laquelle tu dois faire attention à ton argent, contrôler ta vie mais en même temps tu as envie de te laisser aller, de t’amuser et d’être encore un enfant et de tout envoyer balader. On s’est donc inspiré de nos propres vies pour créer cet album.
©Peter Kaaden
4. Pour cet album, on a l’impression qu’Esben et toi avez eu envie de rassembler de nombreux artistes issus de milieux différents, était-ce volontaire ?
On est habitué à cette façon de travailler car pour notre précédent album, on avait déjà collaboré avec 11 réalisateurs internationaux qui avaient réalisé chacun un vidéo clip de nos chansons.
Pour cet album, Esben et moi on a écrit les chansons de l’album avec Soren Christensen, un ami à nous. Esben et moi on est très différent et Soren constitue un bon mélange de nos deux personnalités. Pour l’enregistrement on a invité trois amis membres du groupe Broke qui ont déjà joué avec nous sur scène : Mads Bergland à la guitare, Simon Littaur au synthétiseur, Rasmus à la batterie.
L’objectif était de créer un album électro « old school » en travaillant avec du vieux matériel et des machines très modernes. On a d’ailleurs eu beaucoup de problèmes techniques à cause de ça.
On a aussi travaillé avec le photographe sud africain Roger Ballen. Esben et moi étions fans de son travail, c’est une légende. Il a fait beaucoup de documentaires sur son pays. La plupart du temps ses photos sont très noires, mystérieuses mais aussi enfantines et remplies d’humour et d’optimisme. On a pensé que cette atmosphère reflète bien notre album.

5. Quelle a été ta source d’inspiration pour écrire le premier single de l’album, JJ ?
JJ est un fan du groupe qui fume de l’héroïne depuis une vingtaine d’années. Il s’appelle Jens Jørgen mais tout le monde l’appelle JJ. Il a commencé à m’écrire des e-mails que j’adorais car ils étaient enfantins, il écrivait ce qui lui traversait l’esprit, sans trop réfléchir. On s’est ainsi mis à discuter par e-mails. Il m’expliquait qu’il essayait d’arrêter de se droguer. Je lui ai alors dit que s’il y arrivait, je lui écrirais une chanson. Au final, j’ai composé 5 différentes versions de cette chanson car je lui devais une bonne chanson.

6. Le groupe est présent sur de nombreux réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram), tu fais partie de la génération ultra connectée ?
C’est super d’avoir des retours sur notre travail, d’avoir un moyen de communiquer avec nos fans grâce aux réseaux sociaux.  Néanmoins, j’ai une relation ambivalente avec Internet car j’aime les possibilités que ça me procure mais je suis conscient que ça peut devenir une drogue. Si je suis trop connecté, ça peut me rendre triste. Je ne saurai pas expliquer pourquoi mais il est évident que je suis juste plus à l’aise dans le monde réel. Une chose est certaine, ce groupe ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans Internet.

©Rasmus Weng Karlsen

7. Le 28 juin, Reptile Youth se produira au Nuba à Paris. Faut-il adapter ses concerts en fonction de la culture du pays dans laquelle on se produit ?
Tout à fait, en France et en Espagne le public est très énergique, en Angleterre, il y a un peu plus de retenu. J’ai hâte de voir comment les Français vont interagir avec nous le 28 juin, on s’est déjà produit 2 fois en France mais c’était pour faire des premières parties et les attentes du public ne sont pas les mêmes.

En ce moment Mads écoute
 Reptile Youth en concert
Samedi 28 juin - Nuba à Paris
Samedi 20 septembre -  Name Festival à Lille
Lundi 22 septembre - La Flèche d'or à Paris

Reptile Youth en ligne
©Rasmus Weng Karlsen

samedi 7 juin 2014

Dans les coulisses du label clermontois Freemount Records


Après avoir entassé beaucoup d’instruments chez eux, après avoir écouté des centaines et des centaines de chansons et après s’être certainement dit qu’il faut un peu d’audace pour réussir à concrétiser leurs rêves, Mike Chassaing et Adam Wood ont créé en 2013 le label Freemount Records, à Clermont-Ferrand. Leur métier : confectionner un objet déjà mort pour certain… A quoi sert un label pour un artiste ? Comment les labels choisissent-ils les artistes qu’ils souhaitent produire ? Comment les professionnels de la musique voient-ils l’avenir du secteur ? Mike décrypte son métier en nous ouvrant les portes de Freemount Records qui fête son premier anniversaire.


Mike Chassaing
Comment est né le label Freemount Records ?
Il a été créé en avril 2013 par Adam Wood  et moi (Mike Chassaing). Nous avons eu cette idée car l’artiste fer de lance du label, Adam Wood, avait besoin d’une structure pour sortir ses disques. Au lieu de passer un temps fou à chercher une maison de disques, on a décidé d’en créer une. Et du coup, par la même occasion, nous avons ajouté d’autres artistes au catalogue, des projets qui nous tiennent à cœur et qu’on a envie de défendre. Adam Wood s'occupe de la production artistique et je m’occupe de la production exécutive du label.

Pourquoi avoir choisi d'installer le label à Clermont-Ferrand ? Cela n'aurait-il pas été plus stratégique d'être à Paris ?
Etant originaire tous les deux d’Auvergne, il nous semblait plus opportun de baser le label à Clermont-Ferrand, notre réseau et nos partenaires étaient déjà sur place. Avec les technologies d’aujourd’hui on peut très bien travailler en province et quand nous avons besoin, nous nous rendons à Paris.

Comment Freemount Records se différencie-t-il des autres labels ?
Nous avons fait le choix de sortir tous les projets du label en K7, cela va être le fil conducteur, notre marque de fabrique en quelque sorte. Nous sortirons aussi des vinyles et des CD, voire même des supports encore plus oubliés que la K7.
Adam Wood
Ce choix peut être surprenant, la vente de vinyles est certes en croissance continue depuis 5 ans environ mais elle reste dans des proportions faibles et concernant les K7, tous les foyers ne sont plus toujours équipés de lecteurs de K7. Vous pariez sur la génération Y qui a envie d’un retour aux sources ?
Oui bien sûr mais pas que, il y a aussi les plus anciens qui ont conservé leur lecteur K7 et leurs platines vinyles. Un bon nombre de personnes achètent aussi des vinyles pour les accrocher au mur ou décorer leur étagère Ikea, ils se servent du code de téléchargement inclus pour écouter la musique. La K7 c’est aussi ça, le plaisir d’avoir un support (redevenu) original et si on n’a pas le lecteur à la maison ou dans la voiture on télécharge la version numérique. Tous les vinyles et les K7 que nous allons sortir auront un code de téléchargement.

A quoi sert un label pour un artiste ?
Le label permet de produire ses disques, les fabriquer, les distribuer et d’en faire la promotion. Le travail du label rentre dans la dynamique de développement de la carrière de l’artiste ou du groupe.

Comment choisissez-vous les artistes qui travaillent avec Freemount Records ?
Nous fonctionnons au coup de cœur bien sûr, mais nous parions aussi sur un certain potentiel de développement et par conséquent de ventes de disques.

©Freemount Records
Comment voyez-vous l'avenir de la musique ?
Nous voyons dans l’avenir de la musique surtout chez les labels indépendants, un fort retour du support, c’est d’ailleurs pour ça que nous nous positionnons sur la K7 qui est un support qui redevient tendance, mais nous ne sommes pas les premiers sur ce coup-là...

Selon nous, le crowdfunding va bientôt être incontournable. N’oublions pas que son ancêtre est la souscription. Nous avons d’ailleurs réussi à collecter sur Ulule 3000€ pour financer le prochain disque d’Adam Wood. Et en ce qui concerne le téléchargement illégal, je l’assimile aux K7 vierges qu’on s’échangeait quand on était gosse, on faisait des copies autant qu’on pouvait, la musique circulait de cette manière. C’est un mal pour un bien, les « kids » n’ont pas plus d'argent que nous à l’époque, si le téléchargement illégal leur permet de se cultiver musicalement, qu’ils le fassent. Je considère qu’une personne peut télécharger illégalement ou écouter en streaming pour se faire une idée, si le son lui plait il achète le support.

Le festival Europavox s’installe à Clermont-Ferrand du 5 au 7 juin, quel concert ne faut-il pas louper ? 
Girls In Hawaii

Les festivals de musiques servent-ils aux labels pour repérer de nouveaux artistes à produire ?
Oui bien sûr ! Le Printemps de Bourges est un bel exemple avec entre autres Les Inouïs. Ce genre de festival permet aussi de trouver des partenaires pour un label.

Quel est votre coup de cœur musical du moment ?
Sans hésitation Brace ! Brace !, première sortie de Freemount Records !

©Freemount Records

Freemount Records en ligne :
E-mail : contact@freemountrecords.com

dimanche 18 mai 2014

Robert Francis & The Night Tide font un sans faute au Nouveau Casino

Selfie par Robert Francis le 15.04.14 @Le Nouveau Casino

Depuis 2007 et la sortie de son premier album One by one, Robert Francis trace sa route d'une main de maître. Pour son 4e album Heaven (14 avril 2014), le chanteur californien n'est plus seul, il s'est intelligemment entouré de deux copains, David Kitz et Ben Messelbeck appelés The Night Tide. A seulement 26 ans, Robert Francis et son groupe ont fait preuve d'un grand talent avec une prestation sans faute, le 15 mai dernier au Nouveau Casino (Paris).

Difficile de revenir sur un parcours si riche en 10 minutes d'interview, qui plus est, lorsque l'interview se déroule en coulisses et que Robert Francis ne résiste pas à l'appel de la scène dès la première partie du concert en accompagnant à la batterie Maxim Luwig. De retour backstage, Robert Francis est plus réservé que sur scène. Il revient sur sa carrière qu'il commence très jeune grâce à un père qui l'encourage à jouer du piano mais aussi marquée par des inquiétudes familiales : "ma mère aurait préféré que je me dirige vers une autre voie" admet l'artiste. 

L'enfant grandit avec ses sœurs qui lui donnent envie d'écouter du rock'n'roll et très vite son environnement familial lui permet de côtoyer des grands noms. A 9 ans, il reçoit sa première guitare des mains de Ry Cooder, considéré en 2003 par le magazine américain Rolling Stone, parmi les meilleurs guitaristes de tous les temps. Et John Frusciante, ancien membre des Red Hot Chili Peppers, lui donne quelques cours de guitare. 


Son deuxième album s'écoule à 500 000 exemplaires
Ainsi, à seulement 19 ans, le chanteur sort son premier album One by one, un exercice qui paraît simple lorsqu'on l'écoute : "J'avais arrêté l'école et j'avais donc pas mal de temps devant moi, j'ai installé quelques microphones et c'est comme ça que l'album a été créé". Le résultat ne trompe pas, le jeune homme est fait pour ce métier. 2010 est marquée par la consécration grâce à son tube Junebug, l'album Before Nightfall s'écoule alors à 500 00 exemplaires. Deux ans plus tard, Robert Francis n'a pas perdu la main pour écrire des chansons et présente son troisième album Strangers in the first place. S'en suit une tournée éreintante due à un management défaillant, il terminera la tournée en ne voulant plus entendre parler de sa carrière musicale.


The Night Tide, des copains de lycée
Heureusement pour son public, le jeune homme a finalement repris goût à son métier et manie toujours aussi habilement sa voix caractéristique sur des airs pop-folk. En avril 2014, il a ainsi sorti Heaven un album aux 13 titres tous habilement écrits par ses soins. L'artiste nous fait l'agréable surprise de jongler plus qu'à son habitude, entre les genres musicaux. Cela s'explique sans doute par l'influence de The Night Tide (David Kitz et Ben Messelbeck) qui font partie de cette aventure. "Nous étions amis au lycée et passions de sacrés moments à faire de la musique" se rappelle Robert Francis.  L'album est empreint d'un message positif soulignant que "notre destin n'est pas prédéterminé, tout dépend de nous et de la façon dont nous agissons. Rien n'est joué d'avance".

En dépit de son jeune âge, le chanteur avoue devoir se forcer à utiliser les réseaux sociaux. Ses comptes Facebook et Instagram sont pourtant régulièrement mis à jour. "Je n'apprécie pas particulièrement cet exercice", avoue l'artiste, "mais je suis conscient qu'il faut en passer par là". "Je dois tweeter deux fois par an" s'amuse t-il à souligner. "J'aime bien garder une part de mystère" confie-t-il. Et c'est sans doute pour cela qu'il attire la curiosité du public, trop habitué à des artistes sur médiatisés. Il a d'ailleurs un œil critique très pertinent sur ce star système : "Au festival de Coachella (Californie), les gens viennent pour montrer leur style, leur régime". L'Américain se retrouve davantage dans les festivals européens "où les gens ont les pieds dans la boue".

Retour gagnant au Nouveau Casino
Côté scène, Robert Francis se bonifie avec le temps et a délivré le 15 mai 2014, au Nouveau Casino un show digne des grands noms de la musique. Le Californien laisse tout son charisme, son énergie envahir la scène et réussit à s'approprier très facilement les acclamations du public. Le parcours est pour le moment sans faute...

Avant de partir en tournée Robert Francis écoutait...
The War on Drugs

Robert Francis en ligne

Discographie
2007 - One by one
2009 - Before Nightfall
2012 - Strangers in the First Place
2014 - Heaven



dimanche 11 mai 2014

A la poursuite de Medi...


Autoportrait de Medi à L'Olympia le 7.04.14
 Le 12 mai 2014, le chanteur Medi revient sous les feux des projecteurs avec la sortie de son 4e album One is not enough. Un bel opus exclusivement en anglais avec 10 titres pop entrainants qui vont forcément attirer l’attention du public. L’artiste avide de découvertes, est un touche à tout insatiable qui ne cesse de multiplier les projets tout en restant cohérent dans ses choix artistiques.  
A 5 ans déjà, Medi se trouvait derrière une batterie, un cadeau offert par ses parents à son anniversaire. Le jouet est vite devenu une passion : « Je voulais jouer de la musique, à chaque minute de la journée » se rappelle le chanteur.
A 6 ans, il entre au Conservatoire de Nice et devient l’élève du batteur de jazz français André Ceccarelli. C’est le début d’une série de rencontres qui vont être déterminantes dans la vie du chanteur : « A toutes les étapes de mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes clés » admet modestement celui qui a su provoquer son destin. A l’âge de 15 ans, alors qu’il joue dans un bar à Nice, il est repéré par le chanteur anglais Vasco qui lui propose d’écrire des chansons. Le batteur s’ouvre alors sur la musique dans son ensemble et commence à jouer de la guitare et à écrire des chansons. Aujourd’hui la roue a tourné puisque Medi travaille actuellement avec Vasco pour produire de façon indépendante l’album de ce dernier,  « l’élève a de la chance de travailler avec son maître », confie Medi.
Nice, l’eldorado du chanteur

Autre fait marquant dans la carrière du Français, Dave Stewart a été le producteur de son premier album. « Notre rencontre s’est faite comme dans un bon film, je jouais de la guitare sur une plage à Nice, il m’a alors repéré et proposé de signer dans une maison de disque à Londres ».  Malgré son jeune âge ce changement de culture n’effraie pas le Français qui était déjà un habitué de la capitale anglaise, « une ville remplie d’inspiration » pour l’artiste.


Et pourtant, Medi n’avait pas une prédisposition particulière pour l’anglais, cependant au cours de sa vie les Anglais sont venus à lui : « A l’époque de mes premières chansons, si j’avais été entouré par des compositeurs français, ma carrière aurait eu un tournant différent.  Mais il s’avère que le vieux Nice est rempli d’Anglo-Saxons et qu’à mes débuts, je jouais pour eux. L’Anglais Vasco m’a fait venir à Londres, Dave Stewart m’a découvert et c’est également un Anglais. J’ai été adopté par la langue et la culture par pur hasard. » « Vasco m’a d’ailleurs fait remarquer récemment que ça fait déjà la moitié de ma vie que je parle et pense en anglais. Ce n’est pas trop tard pour faire des chansons en français mais par contre il est trop tard pour que je me justifie d’écrire en anglais », souligne l’artiste.

Charlie & Medi en route vers la gloire grâce à un « hobo »
L’autre Anglais qui a compté dans la vie du chanteur, on ne le présente plus. Medi revient sur leur rencontre : « J’ai rencontré Charlie Winston vers l’âge de 16 ans dans le bar chez Wayne, à Nice. Il jouait avec son frère Tom Baxter ». Les deux artistes deviennent amis puis se perdent de vue avant de se retrouver par hasard en 2006, rue de la Roquette à Paris, alors que Charlie Winston fait un voyage de 3 mois en Europe. Medi lui demande s’il joue toujours sa chanson « Like a hobo ». Les Anglais n’ont pas l’air prêt à faire un tube de ce titre, Medi conseille alors à Charlie de développer ce projet en France. La suite de l’histoire tout le monde la connaît, la chanson devient incontournable et Medi devient le batteur attitré de Charlie Winston durant ses deux dernières tournées.


2011 : un 3e album reconnu par le public
Au même moment, en 2006, Medi sort son premier album intitulé Medi & The Medicine Show, ce nom pourrait laisser penser à un nom de groupe mais en réalité il s’agit bien d’un projet solo du chanteur.  En 2009, après la sortie de son deuxième album intitulé At Last, c’est la dernière fois que le public entendra parler de Medi & The Medicine Show, désormais le chanteur se présente comme Medi.
Une fois encore, le hasard conduit Medi à faire des rencontres constructives pour sa carrière. Il se retrouve ainsi nez à nez avec la chanteuse Emilie Simon au bar de l’hôtel Edouard VII à Paris alors que son guitariste vient de la lâcher. L’échange est fructueux, il partira en tournée avec l’artiste, lui à la guitare, elle au chant.
2011 marque un tournant dans la carrière de Medi avec la sortie de son album You Got Me Moving, particulièrement apprécié par le public. Malgré un album enregistré à Los Angeles, dans le studio du producteur Tony Berg, le chanteur n’explique pas vraiment ce succès : « C’est le public qui décide des tournants d’une carrière.  J’avais beau avoir travaillé avec Dave Stewart,  une des plus grandes stars dans l’histoire de la musique, personne ne savait ce que je faisais » précédemment. « Ce tournant n’est pas un choix délibéré de ma part, par contre à chaque projet, je me demande comment je peux mieux faire ».
One is not enough, un titre évocateur pour l’éternel touche à tout
Album One is not enough sorti le 12.04.14
Demain, le 12 mai 2014, Medi présentera au public son quatrième album One Is Not Enough. Le style de l’artiste et ses influences sont similaires à  ceux de son album précédent : son accent « frenchy » est toujours là au plus grand plaisir de son public étranger et ceux qui aiment le comparer à Lenny Kravitz écouteront en boucle le titre Shoulda Been a DJ.

Dans cet opus, l’artiste de 36 ans revient à demi-mot sur son divorce (Thank You, That Day) et sur son obstination à courir après les projets. « C’est plus fort que moi, je ne peux pas me contenter d’une seule chose », « je veux être au contact de plusieurs artistes, de plusieurs musiques ». Dans la chanson One Is Not Enough, le chanteur se remet ainsi en question et se demande pourquoi il n’arrive pas à se satisfaire d’une seule chose.
Cet album qui a commencé à être enregistré avec un IPad puis dans la chambre du petit frère de Medi est « l’histoire d’une bande de copains qui a compris qu’il n’y a pas beaucoup d’argent disponible pour financer la musique aujourd’hui mais qui cherche tout de même à aller de l’avant ». Une bonne leçon de persévérance.
Finalement, ce multi instrumentalistes, également réalisateur entre autres pour Ben Mazué  et Sophie Tith, est un insatiable travailleur qui aime également mettre son talent au service des autres. L’artiste cherche à tout comprendre afin de maîtriser au maximum son art mais reste persuadé du bienfait du travail en équipe. « J’aime être au service d’autres personnes, cela me fait oublier ma propre gueule » analyse l’artiste. Incapable de rester en place entre deux albums, Medi a créé un label Dime On Records et endosse également régulièrement sa casquette de réalisateur dans son studio monté à Nice. Ce travail lui est également bénéfique pour sa carrière solo : « J’adore plonger dans l’univers d’une autre personne et ça me permet aussi de me comprendre de mieux en mieux ». En écoutant l’artiste parler de son parcours, on ne peut finalement que l’excuser pour ses 1h30 de retard pour cette interview, il était en rendez-vous pour un projet qu’il voulait absolument maitriser avant de quitter les lieux. Medi ou l’éternel perfectionniste…


En ce moment Medi écoute...
David Zincke, en première partie de ses concerts

Prochains concerts







Medi online

lundi 21 avril 2014

Denison Witmer : déjà 20 ans de carrière et 10 albums à son actif

Autoportrait le 14.03.14 à La Maroquinerie


En mars dernier, pour son concert parisien, William Fitzsimmons n’est pas venu les mains vides. Son ami américain, Denison Witmer était du voyage pour assurer sa première partie. Ce chanteur pop folk que certains comparent au grand Cat Stevens a été une révélation : des mélodies entraînantes, un show rythmé par ses habiles accords de guitare et son humour. Retour sur ses 20 ans de carrière.
Comment as-tu fait tes premiers pas dans la musique ?
Grâce à mon plus grand frère, Douglas, qui a une fibre d’artistique. Mes deux autres frères et moi, on voulait lui ressembler. Et pour mes 16 ans, Douglas a suggéré à mes parents de m’acheter une guitare. J’avais l’habitude d’écrire des poèmes et quand j’ai eu cette guitare, les poèmes sont devenus des paroles. Mon frère m’a appris quelques accords et je me suis beaucoup exercé. Enfant, je n’ai jamais suivi de cours de musique, le seul lien que j’avais avec le chant, c’était à la chorale de l’église.
En 1995,  alors que tu étais encore au lycée, tu as sorti une K7 intitulée « My luck, My love », quel est ton regard sur ces chansons presque 20 ans après ?
C’est terrible ! Ce qui est marrant, c’est que beaucoup d’amis du lycée aiment toujours cet album.
Quand tu n’as pas de public, c’est très facile d’être créatif parce que tu ne penses à rien d’autre qu’à ce que tu écris. Au long de ma carrière, je suis passé par plusieurs phases, au début on vit quelque chose de très pure et égoïste puis on réalise qu’une maison de disques investit de l’argent sur soi, que des gens achètent tes albums. Et puis soudain, tu n’es plus sûr de rien ! Il faut alors  se débarrasser de la pression et de nouveau penser qu’à la phase d’écriture pour pouvoir de nouveau créer.
C’est nécessaire d’être égoïste pour être créatif puis ensuite altruiste quand la phase de création est terminée. Tu fais quelque chose pour toi, puis tu l’offres aux autres. C’est l’équilibre que j’ai trouvé en tant qu’artiste. Et aujourd’hui, après 10 albums, je suis encore plus excité qu’au début de ma carrière.


Depuis tes débuts, l’industrie de la musique a énormément changé, comment as-tu vécu ces différents tournants ?
Les labels ont compris que les gens aiment désormais acheter des vinyles ou télécharger de la musique en ligne. Donc maintenant la stratégie est d’exposer les artistes au maximum pour donner envie aux gens d’acheter de la musique « physique ». C’est un tournant bizarre dans l’industrie. La grande partie de l’argent que je gagne c’est en faisant des musiques de films, pour la télévision et grâce aux concerts.
L’opinion des gens sur la valeur de la musique a changé. Ils n’ont plus l’impression qu’ils doivent payer pour écouter de la musique. Et pourtant pendant les concerts, ils boivent parfois 4 ou 5 verres, ce qui revient au même prix qu’acheter un album que j’ai passé 5 mois à créer. Mais de tout façon, je ne me suis pas lancé dans la musique parce que je voulais gagner de l’argent. J’ai commencé pour le plaisir puis une maison de disque m’a demandé de faire un album et c’est devenu un business. Evidemment, je veux pouvoir subvenir aux besoins de ma famille. Quand tu vas voir un psychiatre pour ta santé mentale, tu ne t’attends pas à ce qu’il t’offre la consultation, avec la musique c’est pareil.
Que raconte ton dernier album éponyme ?
Cet album est en quelque sorte une vision sentimentale de mes 15 dernières années passées à faire de la musique, quand tu te consacres à quelque chose depuis un moment, même s’il y a des périodes où tu n’es plus certain de vouloir continuer à faire ça. Mais tu as le sentiment que tu devrais continuer. On peut retrouver cette sensation au travail, dans une relation amoureuse, la peur de changer est plus effrayante que la misère dans laquelle tu as trouvé un certain confort. J’espère qu’en écoutant l’album les gens n’auront pas l’impression que je suis en train de me plaindre. Ce n’est pas le cas,  j’évoque juste le fait d’essayer de faire quelque chose mais si on n’est pas sûr de soi, s’encourager à tester des choses nouvelles.
Dans ma chanson Keep Moving Bother, Keep Moving Sister, j’ai écrit ces paroles : « I consider my name,  the one I’m given and the one I became, and the difference between hangs inside the stars my love ». J’ai voulu souligner que nous sommes nés pour une raison et que nous passons notre vie à essayer d’élucider cela. Il faut accepter cette part de mystère, il y a des choses qu’on ne comprend pas. C’est comme lorsqu’on rêve.

©Denison Witmer
Les réseaux sociaux sont-ils un passage obligé même pour un artiste qui affiche 20 ans de carrière ?
Je ne pense pas que Twitter et Facebook soient faits pour tout le monde. J’aime bien passer du temps dessus mais je n’aime pas trop l’idée qu’être musicien signifie aussi être publicitaire. On ne peut pas tout faire.
Sur scène, tu arrives à créer un lien particulier avec ton public en parlant beaucoup avec lui entre tes chansons, ce soir à Paris, la barrière de la langue t’effraie-t-elle ?
Je suis très bavard et parfois j’aimerai pouvoir avoir une réelle conversation avec le public, qu’il me réponde. Je n’ai pas toujours été comme ça, avant, cela m’effrayait de parler sur scène. Et ce soir à Paris, cela va peut-être être un peu particulier parce que je sais qu’en France, une majorité des gens ne parle pas anglais couramment. J’ai donc un peu peur de ne pas être compris ou de trop parler ! Mais au final, il faut rester soi-même. Je serai certainement un peu plus timide ici ce soir que pour d’autres concerts. 

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